Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


7 mois, c’est beau.

(Derrière le mur, ce sont des petites chroniques, issues de mes ateliers en milieu carcéral. Ça n’est que ma vision des choses. Que pour montrer les choses par le petit bout de l’œilleton. Pas pour dénoncer, juste pour montrer ces petits riens, qui font qu’il y a aussi de la vie, une autre vie, derrière le mur).

La genèse du projet est là.

 

7 mois, c’est beau.

Je l’ai vue une première fois au début d’une session d’ateliers.

C’était le printemps.

 

Elle n’est pas là depuis longtemps. Elle ne parle pas bien le français. Elle ne le comprend bien pas non plus.

Elle dit « c’est beau ». Souvent. Même si, là, en ce moment, pour elle, c’est moche.

Elle attend un bébé. Depuis 3 mois.

Elle en a pris 7, des mois.

Elle sortira juste avant la naissance.

 

Elle a déjà 4 enfants. Comme moi.

Cette moi.

Elle a juste dit : « c’est beau, les enfants ».

Elle ne comprend rien à ce qu’on dit. Elle essaye. Elle ne comprend pas les procédures, Le système. Elle sur-nage. Elle sur-vit.

Elle s’accroche à son tout petit. Elle n’est pas seule. Elle est 2.

 

Et les autres, les 4 autres ? Elle croit qu’ils sont à Londres avec leur père. Elle n’est pas sûre.

 

Je l’ai vu s’arrondir. Je ne l’ai pas vu s’épanouir, comme on dit à celles qui attendent un bébé. Elle s’arrondissait, c’est tout.

 

Elle a brodé, avec soin, avec amour. Pour ses enfants, pour passer le temps.

Et c’était beau, vraiment beau, ce qu’elle faisait.

 

Elle s’est trouvé une co-détenue, qui parle la même langue qu’elle. Elle a revécu !

Elles se comprennent, elles se soutiennent.

Un petit peu de chez elles, ici. Un petit coin de là-bas, entre les murs.

 

7 mois.

Elle est maintenant enceinte de 7 mois. Elle sortira dans 5 semaines.

En quittant l’atelier, on lui explique qu’elle doit changer de cellule. Aller au rez-de-chaussée. Avec les autres mamans.

Elle ne comprend pas. Elle ne veut pas comprendre qu’elle va devoir quitter sa co-détenue, son amie.

Elle dit : c’est beau, une amie.

Elle va devoir descendre, seule.

C’est pour elle, pour le bébé.

Elle dit qu’elle préfère rester à l’étage, avec son amie. Elles se comprennent, c’est beau.

Mais c’est la procédure. A 7 mois de grossesse, on descend. On protège. On sépare aussi… Pour le bébé.

Et d’un coup, on sent qu’elle perd le petit bout de chez elle.

Et on ne négocie pas avec la procédure. Dure. Les surveillantes comprennent. Mais la procédure, c’est fort. On ne va pas contre.

C’est dur la procédure, mais là, c’est pour protéger.

Elle ne comprend, elle comprend seulement qu’elle perd le petit bout de chez elle.

 

Et quand elle sortira ?

Elle ne sait pas.

Elle ne sait pas du tout où elle ira. Si elle restera en France, si elle pourra aller à Londres, retrouver les 4 autres.

Elle caresse son ventre. C’est beau, les enfants, elle dit.

 

Je l’ai laissé là. C’était la fin des ateliers. Je ne sais pas du tout ce qu’elle est devenue, si elle a retrouvé ses enfants, les autres.

Elle a du avoir un beau bébé. Je pense.

 

 

Si vous ne l’avez pas lu, il y a un article sur les mères en prison… une question qui remue !

Sinon, on caquète sur FB : Marie Poulette et on n’a pas 4 bras



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