Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


Bouées de sauvetage

Elle s’accroche à lui.

Il s’accroche à elle.

Elle l’entoure entièrement de ses bras, elle l’enveloppe.

Il se love. Elle est louve.

Rien ne pourrait les séparer.

 

Il est né ici, elle dit. Et puis, elle rit. Nan ! Il n’est pas né ici, on a eu le temps d’aller à la maternité, il est né comme tous les bébés. C’est mon bébé, alors il est ici, avec moi.

 

Pour l’instant, rien ne pourrait les séparer.

 

Elles sont trois, trois mamans.

Ils sont six. Trois mamans et trois bébés, tout au fond, au bout du bout du couloir.

Leur quartier. Trois chambres doubles, avec de petits lits, des petits coins pour le change, des doudous, des mobiles qui font de la musique.

Et la petite salle du fond, la salle commune qu’on a essayé de rendre moins ordinaire, moins grise.

Et la petite cour. On a maquillé les poteaux en palmier, si le ciel n’était pas aussi gris que les murs on y croirait. On a mis de la moquette fausse herbe, pour que ça soit douillé. Mais elles veulent l’enlever. Les rats aussi la trouvent douillette, la moquette en fausse herbe. En dessous, ils font leurs nids, pour leurs petits. Alors, elles ne vont plus dans la cour.

Avant la moquette, c’était moche, mais c’était propre, elles pouvaient nettoyer comme il faut.

 

Pour l’instant, elles attendent, elles restent dedans.

 

Mais bientôt, il sera trop grand pour être dedans. Il va avoir 18 mois. Une année et six mois. À 18 mois, on est trop grand pour être prison. Il va sortir.

Pas elle. Elle, elle a encore du temps, du temps rester, sans lui, dedans. Elle va rejoindre les autres couloirs, avec les mamans sans enfants.

 

Pas maintenant. Pas tout de suite. Bientôt, ça n’est pas aujourd’hui. Aujourd’hui, il est dans ses bras, elle lui sourit, lui aussi.

Juste une maman et un bébé.

Il est sa vie, sa lumière, son doux, son demain, son possible, sa bouée.

 

 

Pour la première fois, donc, je suis allée en nurserie.

Dans une des prisons où je travaille, il y a un espace pour les mamans… et les bébés.

Ce sont quelques cellules séparées des autres par des barreaux et du plexiglass.

Les bébés restent avec les mamans jusqu’à 18 mois. Certains sont déjà gardé partiellement dehors, par une assistante maternelle. Mais, c’est compliqué : les bébés ne peuvent jamais être en contact avec les autres détenus, quand un bébé sort ou rentre, c’est tous les mouvements qui sont bloqués. Et on ne rentre ou ne sort pas d’une prison facilement, il faut passer les contrôles, ouvrir des dizaines de portes…

Quand un bébé est hospitalisé, la maman peut obtenir une permission exceptionnelle pour rester avec lui.

Les bébés ont aussi des permissions, les week-end, ils peuvent aller chez leurs grands-parents où chez les gens qui les accueilleront à leur sortie.

Et puis, il arrive aussi que les mamans aient fini leur peine avant les 18 mois du bébé. et là, c’est la joie.

 

Je suis passée pour me présenter, mais a priori, je vais y mener un petit atelier maman-bébé.

 

Love sur vous !

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(la photo, c’est oim avec Ce Bébé, il y a un peu plus d’un an, à la toute fin du congé mat)

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4 commentaires pour “Bouées de sauvetage”

  1. Comme à chaque fois que tu écris sur les prisons, c’est une bouffée d’émotion brute, brusque, brutale… Un morceau de vie cachée, un pan de vérité, une bouffée de réalité. Merci Marion, merci une fois encore de partager tout ça avec nous.

  2. Merci de faire encore pour elles…

  3. Ça m’émeut toujours tellement ces articles sur la prison… quel déchirement ça doit être aux 18 mois du bébé, je n’ose imaginer…

  4. Ca sert le cœur de penser à la séparation des 18 mois. Que deux êtres si fusionnels pendant 18 mois soient séparés… Je n’ose imaginer ce vide si profond pour le bébé et la Maman.

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