Marie-Poulette
ça caquète au poulailler

‘Derrière le mur’

Quand le portique sonne.

Elles sont deux.

Elles se marrent. Elles se poilent.

C’est pas souvent qu’on entend des éclats de rires, ici, dedans.

Elles doivent avoir six et huit ans. Elles sont sœurs.

Elles sont dans le sas d’entrée.

La petite a laissé son manteau par terre, elle s’accroche aux barrières de sécurité pour se balancer.

Elle se marre.

Elle passe sous le portique.

Ça sonne.

Elle repasse dans l’autre sens.

Ça sonne.

Elle rigole tant et plus.

Elle passe encore.

Plus ça sonne, plus elle se marre.

 

La dame qui les accompagne règle les papiers.

Le gardien se prête à sourire de cette petite fille qui joue comme une petite fille.

En prison.

 

Et puis, comme ça sonne, elle doit montrer ce qu’elle a dans ses poches.

 

Un porte-clés.

Pour son papa.

Un porte-clés pour son papa qui n’en a pas vraiment besoin.

Quelles clés pourrait-il y mettre, ici, dedans ?

La clé de chez lui ?

Je ne crois pas non.

La clé des portes ?

Pas vraiment, non.

 

Le porte-clés, c’est elle qui l’a fait. Pour son papa. Avec la dame qui les accompagne.

Quelle drôle d’idée d’offrir un porte-clés à un quelqu’un qui est en prison.

Et puis, de toutes manières, il n’est pas sur la liste, le porte-clés.

Il restera dehors.

Il rentrera plus tard, le porte-clés.

 

La petite, elle s’en fiche.

Elle se marre.

Elle passe encore sur le portique qui reste muet.

 

Il est cassé ?

Non, il n’est pas cassé.

Elle peut passer et repasser. Le portique ne sonne plus. Elle n’a plus le porte-clés qui fait sonner.

 

Elle arrête de rire.

Elle ramasse son manteau.

Une porte s’ouvre.

Elles rentrent.

Elles vont voir leur papa.

Là. Derrière les barreaux.

Elle ne lui offrira pas de porte-clés.

Qu’en aurait-il fait ?

 

Elles vont voir leur papa.

Elles sont juste deux petites filles de six et huit ans qui font les andouilles. Comme toutes les petites filles de six et huit ans.

 

Voilà !

Demain c’est mon dernier atelier en prison… en attendant le prochain.

J’aime bien quand la vie rentre de manière un peu inattendue, parce que, j’en vois peu des mômes en taules. (mis à part en nursery, mais ça, c’est moins drôle)

 

Allez, love sur vous !

Je suis sur FB.

Sur la photo, c’est la cadette, il y a 5 ans… Mais, pour le coup, ça aurait pu être cette petite fille !

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Le changement.

Elle est là depuis un moment.

Elle a les cheveux gris.

Elle mélange parfois un peu les choses.

Elle aime le travail bien fait.

Elle dit souvent souvent qu’elle a bien briqué son chez elle.

Son chez elle est un étage au-dessus. Ses neuf mètres carrés, fermés, à elle. Elle en prend soin de son chez elle, elle a mis des photos des siens à elle sur son mur à elle. Sur ses quatre murs qui sont devenus les siens.

 

Aujourd’hui, elle est un peu perdue. Elle a joué les Pénélope, cette nuit, les Pénélope à l’envers. Toute la nuit, elle a cousu, elle a brodé le morceau de tissu que je lui ai donné la veille.

Et puis, quand elle n’a plus eu assez de fil, elle a été Pénélope à l’endroit, elle a patiemment tiré les fils de la bordure du tissu pour continuer à broder avec les fils de la trame.

 

Alors aujourd’hui, elle est un peu perdue. Elle n’a pas dormi. Comme si la nuit n’avait pas existé, comme si elle était encore hier, un très long hier.

 

Les larmes viennent, l’eau salée de l’amer qui sort par vagues. Le changement…

 

C’est aujourd’hui, le changement, même si elle a essayé que cet aujourd’hui n’arrive jamais en retenant la nuit, hier est pourtant devenu aujourd’hui.

 

Il y a des travaux. Ils refont les cellules.

Elle doit déménager son chez elle pour partager le chez elle d’une autre. Un chez personne. Ni chez elle, ni chez l’autre.

Elle a détaché les photos du mur. Très attachées, les photos. Elle en a arrachée une. Celle avec ses petits enfants. Elle n’a pas de scotch. Elle ne peut pas recoller ce qui a été déchiré. Et hier est devenu aujourd’hui.

Elle ne peut que broder. Faire des nœuds. Des nœuds en pensant à ceux qui sont chez eux.

 

(je vous montrerai ce qu’elle a cousu, elle fait des choses extraordinaires)

 

Y’a des jours, c’est dur, en prison. Non, y’a pas des jours, c’est tous les jours très dur. Aujourd’hui, c’était festival… Festival de triste, de sordide, de moche, de triste. Toutes mes Pénélope ont cousu tard, très tard, hier soir.

J’ai dû attendre avant de sortir, je l’ai vue, agrippée à une grille du couloir, voûtée, une surveillante est passée, elle lui a gentiment passé la main sur les épaules, un geste discret, une bienveillante, elle s’est redressée, elle a pris une grande inspiration et elle est partie vers une nouvelle nuit, dans son chez (pas à) elle.

 

Allez, je suis sur fb.

Love sur vous. Love sur elle !

 

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Bouées de sauvetage

Elle s’accroche à lui.

Il s’accroche à elle.

Elle l’entoure entièrement de ses bras, elle l’enveloppe.

Il se love. Elle est louve.

Rien ne pourrait les séparer.

 

Il est né ici, elle dit. Et puis, elle rit. Nan ! Il n’est pas né ici, on a eu le temps d’aller à la maternité, il est né comme tous les bébés. C’est mon bébé, alors il est ici, avec moi.

 

Pour l’instant, rien ne pourrait les séparer.

 

Elles sont trois, trois mamans.

Ils sont six. Trois mamans et trois bébés, tout au fond, au bout du bout du couloir.

Leur quartier. Trois chambres doubles, avec de petits lits, des petits coins pour le change, des doudous, des mobiles qui font de la musique.

Et la petite salle du fond, la salle commune qu’on a essayé de rendre moins ordinaire, moins grise.

Et la petite cour. On a maquillé les poteaux en palmier, si le ciel n’était pas aussi gris que les murs on y croirait. On a mis de la moquette fausse herbe, pour que ça soit douillé. Mais elles veulent l’enlever. Les rats aussi la trouvent douillette, la moquette en fausse herbe. En dessous, ils font leurs nids, pour leurs petits. Alors, elles ne vont plus dans la cour.

Avant la moquette, c’était moche, mais c’était propre, elles pouvaient nettoyer comme il faut.

 

Pour l’instant, elles attendent, elles restent dedans.

 

Mais bientôt, il sera trop grand pour être dedans. Il va avoir 18 mois. Une année et six mois. À 18 mois, on est trop grand pour être prison. Il va sortir.

Pas elle. Elle, elle a encore du temps, du temps rester, sans lui, dedans. Elle va rejoindre les autres couloirs, avec les mamans sans enfants.

 

Pas maintenant. Pas tout de suite. Bientôt, ça n’est pas aujourd’hui. Aujourd’hui, il est dans ses bras, elle lui sourit, lui aussi.

Juste une maman et un bébé.

Il est sa vie, sa lumière, son doux, son demain, son possible, sa bouée.

 

 

Pour la première fois, donc, je suis allée en nurserie.

Dans une des prisons où je travaille, il y a un espace pour les mamans… et les bébés.

Ce sont quelques cellules séparées des autres par des barreaux et du plexiglass.

Les bébés restent avec les mamans jusqu’à 18 mois. Certains sont déjà gardé partiellement dehors, par une assistante maternelle. Mais, c’est compliqué : les bébés ne peuvent jamais être en contact avec les autres détenus, quand un bébé sort ou rentre, c’est tous les mouvements qui sont bloqués. Et on ne rentre ou ne sort pas d’une prison facilement, il faut passer les contrôles, ouvrir des dizaines de portes…

Quand un bébé est hospitalisé, la maman peut obtenir une permission exceptionnelle pour rester avec lui.

Les bébés ont aussi des permissions, les week-end, ils peuvent aller chez leurs grands-parents où chez les gens qui les accueilleront à leur sortie.

Et puis, il arrive aussi que les mamans aient fini leur peine avant les 18 mois du bébé. et là, c’est la joie.

 

Je suis passée pour me présenter, mais a priori, je vais y mener un petit atelier maman-bébé.

 

Love sur vous !

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(la photo, c’est oim avec Ce Bébé, il y a un peu plus d’un an, à la toute fin du congé mat)

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Y arriver…

C’est un petite jeune fille.

Elle est chouette.

Elle a commencé l’atelier en disant qu’elle n’arriverait pas à couper des carrés carrés.

Elle a réussi.

 

Elle a continué en disant que non, que non, elle n’arriverait pas à se servir de la surjeteuse pour les assembler.

Elle a osé.

Elle a cousu. Elle a décousu.

Elle re-cousu. Elle a persisté.

Elle a réussi.

 

Elle a dit qu’elle ça n’était pas possible qu’elle puisse doubler sa couverture avec la machine à coudre.

Elle l’a fait.

Elle l’a fait pour une autre fille, parce qu’elle, elle y arrivait.

 

Quand l’atelier c’est terminé, tout à l’heure, elle m’a dit : Merci. Vraiment merci. Je ne pensais jamais que je pourrais faire ça. J’ai appris plein de choses. Ce que j’ai cousu est beau. Je vais l’envoyer à ma fille. c’est pour elle que je l’ai faite, pour elle que j’ai fait tout ça. J’y suis arrivée.

Elles sont toutes remontées en cellule.

 

Quand est ressorti, aujourd’hui, comme c’était le dernier jour, on a papoté, entre nous.

J’ai dit que cette demoiselle me touchait. Qu’elle avait appris qu’elle pouvait faire beau et qu’elle était persévérante et tenace. Qu’elle y arrivait. On était tous d’accord. Rien que pour elle, cet atelier était utile.

 

Et puis, quelqu’un a dit : c’est fou de penser qu’elle a tabassé sa fille de deux ans.

C’est fou. C’est vertigineux. C’est inimaginable. C’est inconcevable.

 

Nous avons quitté nos costumes de professionnelles. Nous avons enfilé nos costumes de maman.

Nous étions tous d’accord. On entend, on n’est pas sûre de comprendre complètement.

Parce que, parfois, nous aussi, on a envie de taper.

Mais on ne le fait pas. On arrive à ne pas le faire.

Elle, elle n’y arrive pas.

 

Elle est dedans. Nous dehors.

Ça ne veut pas dire que nous sommes pas des mères formidables. Des mieux. C’est juste qu’on y arrive. Qu’on arrive à prendre de la distance. Qu’on arrive à se contrôler suffisamment. (que certainement nos vies sont plus simples aussi…)

 

Quand elle est sortie de l’atelier, elle m’a demandé si j’allais revenir. Pas tout de suite, j’ai répondu. Alors, elle a dit qu’elle espérait ne pas me revoir. Pas là, en tous cas.

 

Et puis, j’espère de tout cœur qu’elle sait maintenant qu’elle peut y arriver. À aimer simplement sa fille. Elle l’aime, c’est sûr. Elle l’aime-compliqué. Mais, avec de l’aide, avec du temps, avec, avec, avec, avec… elle va y arriver.

 

J’espère.

 

Love sur vous ! (particulièrement ce soir)

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Douche froide

Ce n’est pas qu’il faisait beau, mais j’étais contente de rentrer en prison aujourd’hui.

En rentrant j’allais oublier un message qui m’avait un peu contrariée.

Parfois, la prison me fait du bien.

Alors, je suis souvent contente d’y entrer.

 

C’est un petit groupe, sympathique.

On rit.

On papote.

Comme si de rien n’était.

 

On parle des enfants. Moi des miens. Elles des leurs.

Comme si de rien n’était.

 

Elles découpent leurs carrés de tissu avec précaution, en choisissant avec soin les couleurs, les dessins.

Il fait chaud dans la salle. On ouvrirait bien les fenêtres… si on pouvait.

 

C’est chouette. Vraiment.

Une parenthèse joyeuse.

Comme si de rien n’était.

 

Et puis, je saisis une bribe de conversation. Elle parle d’une détenue.

 

– Oh ben oui, elle me l’a dit. La prison, ça a changé sa vie.

– Ah bon ?

– En fait, il n’y a que en prison qu’elle peut prendre des douches chaudes. Chez elle, il n’y a pas de salle de bain.

 

Y’a eu comme un froid dans notre bonne humeur.

 

Comme un froid.

 

Je suis ressortie en pensant que je n’avais pas pensé au message qui m’avait contrariée. Non, j’avais pensé à elle. Elle qui peut prendre des douches chaudes…

 

Parce que nos réalités ne sont vraiment pas toujours les mêmes.

Parce que, nous sommes à des kilomètres d’imaginer la vie des gens. Moi la première, tranquillement assise, dans mon fauteuil. A des kilomètres.

 

Allez, love sur vous !

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Être reconnue

C’est une petite dame. Toute petite. Toute maigre. Discrète. Presque transparente. Bien plus transparente que les verres de ses lunettes.

Si elle n’était pas venue me voir à la fin de l’atelier, je ne l’aurais pas remarquée, absorbée par celles qui en font trop.

Elle ne veut pas qu’on la voit, elle ne veut peut-être pas voir non plus.

Enfin, je crois.

 

Et puis, au moment de sortir, elle me dit « je vous connais »

Moi, je ne la reconnais pas. Non. Vraiment. Non.

Si, si, je vous connais, vous faites des spectacles. Je vous ai vue, vous lanciez des petits cœurs en papier en l’air, ils volaient et puis, vous avez donné une pomme, pour celui qui racontera des histoires après vous. Je vous connais.

 

Elle me connait. En vrai.

Je sors.

Je rentre. Je n’en reviens pas.

Elle me connait. Dans la vraie vie de dehors.

Dans ma vie à moi.

C’est idiot, mais j’en suis un peu retournée.

Il y a ma vie, dehors. Il y a leur vie dedans.

Et jamais je n’avais pensé à l’avant ou l’après. Au moment où elles sont aussi dehors.

 

Elle est discrète. Elle ne dit jamais rien pendant les ateliers, elle se fait oublier mais toujours après, elle vient me voir, elle me glisse toujours deux mots, deux mots qui la rappelle à dehors, à avant, toujours avec un lien avec moi, avec ce spectacle qu’elle a vu, qu’elle a aimé. Avant. Et moi, je l’aime bien, elle.

 

Et puis, j’ai appris pourquoi elle est dedans. Par quelqu’un de très chouette, qui l’a connue avant-dehors aussi, qui l’a aussi connue dans les belles histoires à écouter.

 

Elle a tué son bébé.

 

J’essaie de la voir sans penser à ce qu’elle a fait. Ne pas penser ce moment. Rester dans l’avant, dans les spectacles, rester dans le maintenant avec sa couverture, elle est sublime sa couverture, une des plus belles, je crois, pensée finement, tout y organisé avec subtilité. Elle a brodé plein de lettres, des initiales, pour penser à sa famille, qu’elle dit.

 

Et en cousant sa couverture, j’essaie de ne pas penser. Et je pense. Je pense que peut-être une de ces initiales, c’est son bébé, que peut-être, une de ses initiales, c’est sa mère à elle. Et je pense. Je pense qu’elle est venue voir un de mes spectacles avec mes petits cœurs qui volent avec son bébé. Qu’elle a aimé ce spectacle avec son bébé. Que peut-être, elle devait aimer son bébé. Que c’est tellement compliqué à comprendre. Ne pas comprendre. Ne pas penser.

 

Penser… Penser…

 

Allez, haut les coeurs, les petits coeurs qui volent dans mes spectacles !

Love sur vous ! Particulièrement plein ce soir.

(je suis FB et aussi sur instagram… Pour vous changer les idées, j’ai mis les photos de l’anniv du benjamin, sur les pirates)

La couv en photo n’est pas la sienne, je crois que j’aurais peur de la trahir.

 

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Se planter

Souvent, dans les ateliers, l’humeur est joyeuse. Même si ça râle, ça grogne, on rit. C’est gai et c’est un moment qui se veut comme ça, détenu, une parenthèse légère.

 

Aujourd’hui, elle est excitée comme une puce, elle veut rire, se marrer. Trop, peut-être.

C’est une petite dame, ronde comme pomme. Elle coud très bien, tout en finesse, en délicatesse, elle est assez discrète, d’ordinaire.

 

Aujourd’hui, elle est super énervée.

 

C’est une petite dame qui pourrait être ma voisine. Une dame qui d’apparence est bien sous tout rapport.

Sauf qu’elle est là-bas. Elle est dedans. je ne sais pas ce qu’elle a fait et je m’en fiche.

 

Aujourd’hui, elle est sur 220 volt.

 

Alors, elle enchaine les blagues qui de fil en aiguille deviennent très grivoises.

Et elle rit fort. Très fort.

– Hé, hé ! Quelle est la durée de vie d’une moule ???

Et ça piaffe, ça s’esclaffe…

 

– Hé, hé, hé, et celle-là : Quel est le point commun entre une femme et une pantoufle ?

Ça se marre encore plus fort. Elle pleure de rire. Larmes de crocodile de celle qui en fait trop.

 

Elle me dit : ça vous choque, hein ?

Non, ça ne me choque pas. Elle imagine quoi ? Que comme je suis dehors, je suis prude, une vierge effarouchée ?

Qu’une fois dehors, j’enfile une cornette ? Sornettes !

Ça ne me choque pas, mais ça me gonfle un peu. Je n’aime pas tellement les blagues, je n’aime pas rire sur commande, je n’aime quand ça rit trop fort, c’est comme quand ça crie trop fort.

Elle cherche à savoir. A savoir ce que je peux entendre, à savoir la limite de ce qu’elle peut dire. De ce qui est entendable.

 

– Ben moi, j’ai planté.

Je lève la tête : Pas grave. On peut se tromper, on prend un autre morceau de tissu et on recommence, ici, on a le droit de se planter.

Elle rit encore trop fort.

– Non ! J’ai planté, je l’ai planté.

Une autre : Ah ! moi aussi, j’ai planté !

– Ouais, mais moi, je ne l’ai pas loupé.

D’un coup, elle ne rit plus, elle ouvre grandes les vannes. Tout sort d’un coup. Les portes enfoncées, les pare-brises explosés, les clavicules cassées, les guet-apens loupés… et le jour de trop, le coup de trop. Elle, elle a tout supporté, mais le jour où il s’en est pris au gamin, elle attrapé le couteau de cuisine et elle a planté. Elle l’a planté.

Aucun regrets. Elle recommencerait. Sans hésiter.

 

Alors, y’a un silence.

A coin de l’oeil, je vois bien une petite larme. Une vraie. Personne ne l’a vue. Tout le monde a la tête dans son ouvrage. Ne pas voir. On ne regarde pas ça.

 

L’autre :  moi aussi, j’ai planté, mais je l’ai loupé, ce con ! Et dire qu’il me demande des parloirs. Enfoiré.

 

Et finalement, Elle plonge la main dans son sac en plastique, elle sort une toute petite fleur en tissu. Minuscule.

– C’est pour ma fille. Pour ma chérie, pour ma doudou, mon p’tit chat, ma puce, ma minette, ma mignonette. Pour ses cheveux. Qu’est-ce qu’elle va être jolie !

 

Et moi ? : Ben oui, elle va être jolie. Elle est belle cette fleur, elle est fine et délicate. C’est un beau travail… tout en douceur, plein d’amour.

 

C’est parfois un peu comme ça, les ateliers. On y dit des choses qui parfois doivent être dites, tout comme on tait ce qui dit être tu. On passe du chaud au froid en quelques secondes. Il faut savoir se taire, juste recevoir. Il ne faut pas juger, même pas questionner,  juste recevoir.

En revanche, il faut savoir s’émerveiller du beau. Toujours. En toutes circonstances.

 

Elles se livrent donc parfois. D’une certaine manière, ça les délivre et je repars chez moi un peu chargée d’émotions, même si j’essaie de ne pas me laisser engloutir. Parfois, c’est trop, trop lourd, alors, à mon tour, je décharge, sur vous. On partage un peu la peine, symboliquement. Et moi, je suis à nouveau plus légère. Alors, merci !

Allez, on garde le love ! Love sur vous, alors !

Je suis instagram et sur FB.

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