Marie-Poulette
ça caquète au poulailler

‘Derrière le mur’

Espéranto

(petites chronique des ateliers que je mène en milieu carcéral… si vous voulez en lire plus, baladez-vous sur la rubrique : derrière le mur (tout en bas, il y a même le pourquoi du comment))

 

Atelier tout gris, aujourd’hui.

Il fait moins chaud qu’hier, même si d’habitude il fait trop chaud, mais trop c’est mieux que moins.

Même si trop c’est trop.
Atelier à 7.

3 non francophones. Non francophone du tout, du tout…

Atelier calme, trop calme. On brode en silence. On a du mal papoter. On essaie de se comprendre, on est vite limitées.

 

 

Et puis, la porte s’ouvre, elle entre, elle, ne marche pas, elle court, elle ne court pas, elle vole.

Elle ne vole pas, elle plane !

 

Elle se jette sur sa co-détenue.

Elle parle très vite, très fort, on ne comprend rien.

Elles rient, elle rient, elles se lèvent, elles dansent, elles sautent et elles rient.

 

Alors, l’atelier calme se met à rire aussi.

En français, en italien, en espagnol, en anglais, en morceaux de mots de toutes les langues. Et tout se mélange.

L’atelier devient l’atelier de Babel ! L’atelier des grandes babelles.

Et on comprend.

 

Elles sortent !

Ça y est ! Elles sortent !

Ça fait 1 mois qu’elles pensent qu’elles vont sortir et elles ne sortent jamais… plus tard, toujours plus tard !

Mais cette fois, c’est officiel, elles sortent. La semaine prochaine. C’est sûr.

 

 

Parce que c’est chouette quand elles sortent !

 

(bon, sinon, en prison, il n’y a pas une moitié de non francophones, loin de là.

C’est une coïncidence sur cet atelier-là. Souvent, je n’ai que des francophones, des franco-françaises… ça dépend !)

 

(et je sais que l’espéranto est une langue spécifique, pas un charabia…)

On se retrouve sur FB : Plume de marie Poulette ou on n’a pas 4 bras



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La disparition

Le pourquoi du comment est là.

Il s’agit de petites chroniques issues des ateliers que j’anime en milieu carcéral.

Il ne s’agit que de ma vision des choses. Ni angéliste ni diabolisante.

Juste pour montrer que ce monde de derrière le mur me touche.

(les autres articles : petits mouchoirs, pourquoi j’y vais, prisonnières mères, Elle va dormir en prison, 7 mois c’est beau, la confiture, libérée)

 

La disparition.

 

Les ateliers que je mène sont autour du tissu. Du tissu et des fils.

On ne rentre pas n’importe quoi en milieu carcéral, pas plus qu’on n’en sort n’importe comment.

Il faut faire des listes qui sont validées, tamponnées, certifiées.

Ensuite, il faut vérifier que le contenu du panier correspond à la liste validée-tamponnée-certifiée.

Ce qui est entré doit ressortir.

Ce qui est « sensible » ne reste pas dedans. Je repars donc avec ma sensibilité.

Sensibilité bien contondante.

 

Ciseaux à bouts ronds, ciseaux d’écolier. Ciseaux de maternelle pour ces mamans de derrière le murs.

Rien qui ne coupe vraiment. Ni pour elles, ni pour moi.

On ne sait jamais. Et c’est vrai, on ne sait jamais.

 

Alors on compte. On recompte. On compte encore.

On compte les ciseaux qui entrent. On compte les ciseaux qui coupent (enfin, ça, y’en a pas des masses, ça va assez vite), on compte les ciseaux sur les tables. On compte les ciseaux dans les mains. Et surtout, on compte les ciseaux qui sortent.

Quand le compte est bon, tout est bon ! On sort le panier lourd et la conscience légère… enfin, je parle pour moi.

 

Mais parfois, une paire manque à l’appel.

L’appel de la surveillante.

Toujours on la retrouve. Glissée entre deux bouquins, sous la feutrine… Les ciseaux sont malins, ils ont le sens de l’évasion, de la dissimulation.

 

Oui, mais une fois. Une seule fois, une paire manquante. Rien entre les bouquins, pas sous la feutrine, ni sous les bancs.

Tout le monde cherche, fouille.

 

Et j’espère, j’espère qu’on va les retrouver, planqués dans les fils à broder.

Je ne veux pas penser à une autre solution.

Je ne veux pas voir le mal… voleuse un jour, voleuse toujours… Non.

Ils sont forcément là, quelque part… Sous les livres. On a déjà regardé, mais on ne sait jamais, s’ils s’étaient faufilés. Si on ne les avaient pas vus… si… et si ils étaient ailleurs ??? Un ailleurs où ils ne seraient pas allés tout seuls ?

 

Non, je ne veux pas. Non, non, non, pas mes petites dames.

 

Et la sentence tombe : si les ciseaux ne réapparaissent pas dans la minute, c’est fouille générale.

On voudrait du répit. Juste un peu de temps.

 

Et ça râle dans les rangs…

 

Quand, une petite dame, mignonne petite dame dit « oh ! ben ça alors, ils étaient tombés dans la poche de ma veste. C’est fou ! »

 

Veste accrochée à l’autre bout de la salle. Pas là où les ciseaux vont seuls. Ils ne tombent pas dans les poches.

Les ciseaux volent… Ils se volent.

 

Et je suis navrée.

Navrée pour la petite dame. Navrée pour moi qui ait cru que tout était simple…

 

Navrée d’entendre : pfffff… voleuse un jour, voleuse toujours. C’est de la mauvaise graine, ça. De la mauvaise graine qui fait les mauvaises herbes.

 

Tout se vole. Tout vole. Même les ciseaux qui ne coupent rien. Surtout pas les ailes. (ou alors, si, quand les ciseaux se volent, ils coupent les ailes…)

 

 

Sinon, on se retrouve sur Fb : Plume de Marie-Poulette ou on n’a pas 4 bras (où je suis plus souvent)…

Et on peut partager, si on a envie… Mais on n’est pas obligé !

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7 mois, c’est beau.

(Derrière le mur, ce sont des petites chroniques, issues de mes ateliers en milieu carcéral. Ça n’est que ma vision des choses. Que pour montrer les choses par le petit bout de l’œilleton. Pas pour dénoncer, juste pour montrer ces petits riens, qui font qu’il y a aussi de la vie, une autre vie, derrière le mur).

La genèse du projet est là.

 

7 mois, c’est beau.

Je l’ai vue une première fois au début d’une session d’ateliers.

C’était le printemps.

 

Elle n’est pas là depuis longtemps. Elle ne parle pas bien le français. Elle ne le comprend bien pas non plus.

Elle dit « c’est beau ». Souvent. Même si, là, en ce moment, pour elle, c’est moche.

Elle attend un bébé. Depuis 3 mois.

Elle en a pris 7, des mois.

Elle sortira juste avant la naissance.

 

Elle a déjà 4 enfants. Comme moi.

Cette moi.

Elle a juste dit : « c’est beau, les enfants ».

Elle ne comprend rien à ce qu’on dit. Elle essaye. Elle ne comprend pas les procédures, Le système. Elle sur-nage. Elle sur-vit.

Elle s’accroche à son tout petit. Elle n’est pas seule. Elle est 2.

 

Et les autres, les 4 autres ? Elle croit qu’ils sont à Londres avec leur père. Elle n’est pas sûre.

 

Je l’ai vu s’arrondir. Je ne l’ai pas vu s’épanouir, comme on dit à celles qui attendent un bébé. Elle s’arrondissait, c’est tout.

 

Elle a brodé, avec soin, avec amour. Pour ses enfants, pour passer le temps.

Et c’était beau, vraiment beau, ce qu’elle faisait.

 

Elle s’est trouvé une co-détenue, qui parle la même langue qu’elle. Elle a revécu !

Elles se comprennent, elles se soutiennent.

Un petit peu de chez elles, ici. Un petit coin de là-bas, entre les murs.

 

7 mois.

Elle est maintenant enceinte de 7 mois. Elle sortira dans 5 semaines.

En quittant l’atelier, on lui explique qu’elle doit changer de cellule. Aller au rez-de-chaussée. Avec les autres mamans.

Elle ne comprend pas. Elle ne veut pas comprendre qu’elle va devoir quitter sa co-détenue, son amie.

Elle dit : c’est beau, une amie.

Elle va devoir descendre, seule.

C’est pour elle, pour le bébé.

Elle dit qu’elle préfère rester à l’étage, avec son amie. Elles se comprennent, c’est beau.

Mais c’est la procédure. A 7 mois de grossesse, on descend. On protège. On sépare aussi… Pour le bébé.

Et d’un coup, on sent qu’elle perd le petit bout de chez elle.

Et on ne négocie pas avec la procédure. Dure. Les surveillantes comprennent. Mais la procédure, c’est fort. On ne va pas contre.

C’est dur la procédure, mais là, c’est pour protéger.

Elle ne comprend, elle comprend seulement qu’elle perd le petit bout de chez elle.

 

Et quand elle sortira ?

Elle ne sait pas.

Elle ne sait pas du tout où elle ira. Si elle restera en France, si elle pourra aller à Londres, retrouver les 4 autres.

Elle caresse son ventre. C’est beau, les enfants, elle dit.

 

Je l’ai laissé là. C’était la fin des ateliers. Je ne sais pas du tout ce qu’elle est devenue, si elle a retrouvé ses enfants, les autres.

Elle a du avoir un beau bébé. Je pense.

 

 

Si vous ne l’avez pas lu, il y a un article sur les mères en prison… une question qui remue !

Sinon, on caquète sur FB : Marie Poulette et on n’a pas 4 bras



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La confiture

Elle est là depuis 3 semaines.

21 jours.

 

Elle raconte que tous les matins, elle met de côté la dosette de confiture fournie avec le petit déjeuner.

 

Elle garde sa confiture.

Au cas où…

 

Au cas où quoi ? Elle ne sait pas.
Elle garde sa confiture.

 

Elle ne la mange pas.

 

Elle la garde.

 

21 petites dosettes de confiture qu’elle a gardé, dans son armoire.

Comme les 21 jours qu’elle a passé ici.

 

Confiture bien amère qui lui rappelle les jours passés.

Quand elle ne pourra plus compter les dosettes de confiture, quand la confiture débordera de sa cellule, elle pourra sortir.

 

Mais pas maintenant.

 

Elle garde la confiture du petit déjeuner.

 

Elle ne sait pas pour quoi, d’autant que la confiture, elle n’aime pas ça.

Elle n’a jamais aimé la confiture.

 

Elle garde les dosettes de confiture comme on fait des traits sur les murs de cellules pour compter les jours quand ils sont trop nombreux et que les doigts ne suffisent pas.

 

Et puis, y’en a une qui lui dit : hé ! t’as pas le droit de garder toute cette confiture ! 3 dosettes maxi. Au-delà de 3, ça peut-être considéré comme un début de trafic.

 

Elle en a les larmes aux yeux. Ça n’est rien, de garder la confiture comme pour compter les jours qui passent. Et puis, la confiture, elle n’aime même pas ça.

 

Quand elle remontera en cellule, elle jettera sa confiture. Elle jettera les jours déjà passés… Elle attendra que les autres passent aussi…

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Allez, y’a le Profil FB de marie Poulette qu’on peut aimer… ou celui de On n’a pas 4 bras (c’est là que je suis le plus souvent)

On peut aussi lire et partager les autres articles de derrière le mur



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Libérée

(petites précisions avant de lire l’article : allez voir les autres ! La genèse, les mouchoirs, les mères et Pourquoi j’y vais)

Vous pouvez bien sûr partager et commenter… ou pas ! (et puis on papote aussi sur FB soit sur on n’a pas 4 bras soit sur Marie Poulette)

 

C’est la fin de l’après-midi. Je sors de l’atelier. Je croise un groupe de gardiens.

Ils ont fini leur journée de travail.

Ils ressortent. Ils rentrent chez eux. Ils rient.

Ils sont détendus.

 

 

Ils me tiennent les portes. Ils me filent un coup de main pour porter mes sacs. Ils blaguent.

Ils sont détendus.

 

 

Et puis, ils l’aperçoivent. Une grille devant nous. Elle est entre 2 gardiens.

Elle est détenue.

 

 

Elle trimballe un sac à la fois un peu gros et dérisoirement petit. Elle porte sa peine. Elle avance. Elle ne regarde pas en arrière.

Elle est détenue.

 

 

Et ils rient, ils parlent fort. « C’est une libé, c’est bien les libé »

Ils avancent vite. Ils veulent aussi sortir pour rentrer.

Ils sont détendus.

 

 

Et puis, elle se fait rattraper.

On la dépasse…

Les gardiens lui sourient.

Vraiment.

C’est une libé !

C’est bien.

Ils sont détendus.

 

 

Jusqu’à la porte, elle est encore détenue.

Elle signe un dernier papier.

On ne lui pas « au revoir », on ne veut pas la revoir.

On lui dit bonne route et bon courage.

Et elle sort.

Elle n’est plus détenue.

 

 

Elle ne s’attarde pas sur le pas de la porte. Elle avance.

Elle traine son sac. Elle n’est plus détenue.

 

Je la revoie plus loin, elle attend à un coin de rue.

Elle a coincé son sac entre ses jambes.

Elle n’est pas vraiment détendue.

Mais, elle n’est plus détenue.

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Prisonnières mères

Si vous découvrez cette chronique sur les prisons, vous pouvez aussi aller zieuter la genèse de ces ateliers qui explique tout, mais aussi « pourquoi j’y vais ? » et le petit mouchoir.

(je précise avant toutes choses que j’avais prévu de faire cet article en tout début de semaine… indépendamment de l’actualité)

Je travaille en quartier femmes.

Avec elles, nous faisons des petits tapis de jeux et de lecture pour leurs enfants.

Pour leurs neveux, leurs petits enfants.

Pour des enfants.

Ces petites broderies créent un lien avec leur enfant. Un  cordon. Juste un fil.

 

Elles sont en prison et elles sont mères.

 

Et je me pose des dizaines de questions. Sur la manière d’être mère. Ce qui fait qu’on est mère…

 

Elles, elles racontent, elles disent.

 

 

Il y a celles qui sont enceintes, qui attendent un enfant.
Elles s’accrochent à leur bébé comme à une bouée de sauvetage.

Comme à un avenir, un possible.

Un bébé, c’est la vie.

Enceintes, elles ne sont pas seules à purger la peine.

Elles ont une main en permanence sur leur ventre.

Pour protéger, pour rassurer et se rassurer.

Pour aimer et être aimées.

 

 

Il y a celles qui ont des petits, dehors.

Ils sont avec leur père.

Ils sont avec leur grand-mère.

Ils sont avec leur tante.

Ils ne sont pas avec elles.

Elles ne sont pas avec eux.

Elles ne sont pas là pour les bisous-guéris, pour les coquillettes au beurre, pour tenir la main, pour donner le doliprane, pour rire, pour embrasser quand c’est dur.

Et c’est dur.

Elles sont mères.

 

Il y a celles qui ont des petits, dehors, chez d’autres qu’elles ne connaissent pas.

Celle qui a appris juste avant l’atelier que ses enfants sont séparés, dans 3 familles différentes.

Elle pouvait accepter qu’ils soient chez d’autres. Mais qu’ils soient ensemble.

Qu’ils soient une famille ensemble, pour qu’ils puissent se faire des bisous-guéris, pour manger des coquillettes au beurre, pour se donner la main et la serrer fort, pour rire, pour pleurer, pour s’embrasser quand c’est dur…

Elle ne pleure pas. Elle ravale ses larmes.

Elle demande si elle peut faire 3 petits tapis, pour ses 3 petits.

Petits bouts d’elle, pour eux.

Elle est mère.
Il y a aussi celles dont on ne peut pas même pas concevoir ce qu’elles ont fait.

Celles qui ont tué un père, un oncle. Le père. L’oncle.

Elles sont mères.

Comment peuvent-elles être mères, en fait ?

Comment font-elles quand leurs enfants viennent les voir ?

Que se disent-ils ?

Se parlent-ils ?

S’aiment-ils ?

On aime toujours sa mère. Mais quand elle a tué son père… Comment on aime sa mère ?

Elles, elles sont là. Elles les aiment.

Et elles les attendent.

Elles les attendent encore une fois.

Elles sont leur mère. Le veulent-ils ?

 

 

 

Et y a celles. Celles dont j’ose à peine parler.

Celles qui glacent mon cœur de mère.

Celles qui ont tué un enfant.

Je ne peux pas comprendre et je ne cherche surtout pas à les comprendre.

Quand je suis là-bas, je m’efforce de ne pas juger leurs actes, leur passé.

Je suis là, avec elles. Maintenant.

Pas de passé. On n’en parle pas.

L’atelier est un temps en dehors du temps.

Je ne comprends pas.

Elles savent que je ne peux pas comprendre.

Que personne ne peut comprendre.

Je ne sais même pas si elles comprennent ce qu’elles ont fait.

Et elles sont mères. Parce qu’il y a d’autres enfants.

Qu’elles aiment plus que tout.

Pour eux, elles brodent.

Elles mettent tout leur amour.

Elles ne sortiront que quand elles seront grands-mères.

Peuvent-elles encore être mères ?

Je ne cherche pas à répondre à cette question.

Personne ne peut. Il n’y a que leurs enfants qui ont la réponse.

Et elles, elles se sentent mères.

Elles parlent de ces appartements familiaux, aménagés au sein de certaines prisons, où les détenues peuvent accueillir leur famille, pour 48 heures maximum.

Elles veulent accueillir leurs enfants chez elles. Mais, pas plus de 6 heures.

Un enfant, ça ne doit pas dormir en prison.

Même pour être avec elles.

Elles disent que c’est égoïste de faire ça. Elles doivent penser à leurs petits. Qu’ils soient bien.

Elles sont mères…

 

 

Et elles parlent de leurs enfants.

En parler, c’est les faire exister. Les avoir à leur côté.

Il y a :

 

Celle qui dit que sans ses enfants, elle serait morte. Qu’eux, c’est la vie.

 

Celle qui dit en grognant que les enfants, c’est pourri. C’est elle qui cache son travail. Et sur son tapis, on voit un petit cœur… avec un prénom. Celui de son fils. Elle est mère. Les autres ne le savent pas.

 

Celle qui n’a pas le droit de voir ses filles. Parce que le juge ne veut pas. Je ne comprends pas tout à son histoire. Mais elle ne peut pas les voir. Parce qu’elle ne sait pas s’en occuper. Elle ne sait pas comment leur donner à manger. Mais ce qu’elle sait, c’est qu’elle les aime. Mais elle ne sait pas être mère.

 

 

Et puis y’a moi.

Moi qui sors quand j’ai fini de travailler.

Moi qui vais chercher mes enfants.

Je leur fais des bisous-guéris, je leur fais des coquillettes au beurre, je leur tiens la main, je leur donne du doliprane, je ris, je les embrasse quand c’est dur.

Je suis avec eux.

Je suis mère.

Je suis libre d’être mère.

 

 

Et je me demande comment je ferais si j’étais à la place de mes petites dames.

Comment mes enfants me regarderaient.

 

Comment les enfants regardent une mère prisonnière ? Ils voient la mère ou la prisonnière ?

 

 

Petite précision : je n’excuse pas ce qu’elles ont fait.

Je me pose simplement des questions.

 

 

Autre précision plus technique : dans l’établissement dans lequel je travaille, il y a des cellules séparées pour les mamans d’enfants de moins de 18 mois.

Il y a donc des bébés en prison.

C’est un espace aménagé.

Les bébés sortent plusieurs fois par semaine, sans leur mère, pour être gardés en garderie.

Certaines mamans gardent leur bébé pendant ces 18 mois. Parce qu’un tout-petit a avant tout besoin de sa mère. D’autres décident de ne pas garder le bébé avec elles. Parce qu’un bébé n’a pas à être en prison. Elles les voient au parloir.

C’est leur choix. Leur choix de mère.

Et être mère, c’est choisir ce qu’on pense être le meilleur pour son enfant.

C’est être mère.

 

Allez, hop, hop, hop, vous pouvez commenter, avec plaisir même. Vous pouvez aimer ou pas. Vous pouvez partager, mais ça n’est pas obligé…

En revanche, j’enlèverai tous les com haineux ou bas du front. Parce que, ça n’est pas le lieu…

On peut papoter ici.

Mais aussi sur le profil de Marie Poulette ou celui de on n’a pas 4 bras (que vous pouvez liiiiiiiiikez…)

 

Dernière chose, j’ai fait un ajout, une modification sur le précédent article. Cette modification concerne le financement, vous pouvez y jetez un coup d’oeil : .

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Pourquoi j’y vais ?

(retrouvez la genèse qui explique tout et l’article sur les mouchoirs qui est bien joli)
Pourquoi je vais animer des ateliers en prison ?

Pourquoi je vais distraire, passer du temps agréable avec des femmes qui ont été hors la loi ?

De quel droit bénéficient-elles de cet atelier ?

 

 

Fatalement, en travaillant avec des détenues, je me pose des questions.

Des questions morales.

Et je n’ai pas toutes les réponses.

 

 

Tout ce que je sais, c’est que mes petites dames, ça leur fait du bien de me voir

(rôh, faut que j’arrête des les appeler « mes petites dames »).

 

Mais pourquoi faire du bien à celles qui ont fait du mal ?

 

Oui, elles ont fait des trucs moches, parfois très moches.

Elles ont  fait du mal. Parfois beaucoup, énormément.

 

Et elles sont là.

 

Elles ont été jugées.

Ça n’est pas à moi de le faire.

Je ne le fais pas.

 

Je ne suis ni pour elles, ni contre.

Je suis avec elles.

 

Juste avec.

 

Elles sont là.

Elles attendent.

Elles purgent.

Elles se purgent.

Elles attendent.
Elles patientent.

Elles deviennent patientes.
Elles  pensent au passé.

Elles n’en parlent pas.

Elles pensent à la sortie, même si parfois elle est très très loin. Dans un quart de siècle. Un tiers de vie.

Elles comptent.

 

Elles comptent aussi pour moi. Je les aime bien. J’aime bien les moments que je passe là-bas.

 

Alors, je ne juge pas.

Je ne sais pas si elles ont droit de temps en temps d’avoir des chouettes loisirs.

 

Tout ce que je sais, c’est qu’elles savent qu’elles ont fait du mal et du moche.

Et dans cet atelier, elles montrent qu’elles peuvent aussi faire du bien et du beau.

 

Que tout n’est pas perdu.

Qu’il reste un espoir.

Un espoir d’être aussi quelqu’un qui fait bien les choses.

Et pourquoi pas même, un espoir d’être quelqu’un qui fait des choses bien.

 

Plus elles brodent, plus elles nouent les fils, plus les langues se dénouent.

Elles parlent du dedans qui n’est pas marrant.

Elles parlent du dehors qui ne les attend pas toujours.

 

Elles parlent de leurs enfants, de leurs neveux, de leurs sœurs, de leurs amours.

De ceux pour qui elles font ce beau et ce bien.

 

 

Alors, je me dis que de savoir qu’il y a du bien et du beau, même chez celles qui sont là, ça me fait aussi du bien à moi.

Je me dis que rien n’est jamais perdu.

 

C’est sûr, c’est trois fois rien. (Ce qui est mieux que rien)

Ça ne va pas changer le mal qui a été fait.

Ça adoucit un tout petit peu la détention qui est dure.

Ça ne va faire baisser la criminalité en France…

Certes, mais, ça ne va pas l’empirer non plus.

 

Et puis, même, une mini goutte d’espoir pour l’humanité dans un énorme océan de violences, de médisances, de veuleries, de bassesses, de méchanceté, c’est déjà une mini-goutte.

 

 

Ah oui ! Petite précision : cet atelier ne coûte rien à l’état, ça n’est pas l’argent qui est volé aux pauvres ou petits enfants malheureux. Cet atelier existe grâce à des fondations qui pensent aussi que ces ateliers de mini-espoir valent le coup et le coût.

 

Parce que un peu de beau, ça fait du bien.

 

 

Pour terminer, non, la prison n’est pas un hôtel 3 étoiles. Mais, ça, je reviendrai dessus dans un autre article.

 

Allez, vous avez le droit de commenter, de partager et liker la page Marie Poulette. (ou celle de on n’a pas 4 bras, parce que, c’est là que je suis souvent)

C’est même bien de le faire !

Mais, je vous préviens tout de suite, je supprimerai tous les com prônant le retour à la peine de mort et autres propos haineux et indignes… ouais, je fais de la censure avec les bas du front !

 

J’ajoute un petit mot de Marc, de Hors Cadre, l’association qui me permet de faire ces ateliers :

Marion, concernant votre précision sur le fait que : «cet atelier ne coûte rien à l’état, ça n’est pas l’argent qui est volé aux pauvres ou petits enfants malheureux. Cet atelier existe grâce à des fondations qui pensent aussi que ces ateliers de mini-espoir valent le coup et le coût. » je me permets la remarque suivante : c’est de la responsabilité de l’Etat au contraire (donc de la nôtre collectivement) de développer la culture en prison. La prison s’inscrit de plus en plus dans des démarches mixtes privées/publiques dans une grande partie de son fonctionnement et il est bon de rappeler que l’Etat y a encore un rôle à jouer et pas seulement de surveillance.

Par ailleurs Hors Cadre est financé par l’Etat et c’est nous qui portons ce projet qui s’inscrit dans un dispositif d’Etat, une mission culture-justice financée par le Ministère de la culture et le Ministère de la justice.

Enfin, le SPIP Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation a financé 1 atelier sur les 4 que vous développez. Ce sont aussi des fonctionnaires, agents des services de l’Etat qui rendent cette action possible à l’intérieur de l’établissement.

Je pense qu’il faut donc au contraire rappeler (même au risque d’avoir des commentaires douloureux) que c’est de notre responsabilité collective de garder à l’esprit que le « sens de la peine » nous impose des obligations face aux personnes qui sont incarcérées, comme la personne condamnée a des obligations face à sa/ses victimes. Parmi ces obligations, l’accès à la culture en est une, elle s’appuie sur notre constitution. Il est bon de le rappeler. Les informations sur la mission culture justice Nord Pas de Calais sont consultables sur http://www.horscadre.eu

Hé, deux petits exemples de ce qui a été fait en Juin dernier…

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