Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


Des Noeuds

(petites chroniques sur les ateliers que j’anime en atelier carcéral. Ça n’est que ma vision… avec toute sa subjectivité. Vous pouvez retrouver toutes les chroniques, en cliquant ici, il faut faire dérouler vers les bas !)

 

C’est un atelier.

Un atelier avec des femmes.

Détenues.

 

Pendant l’atelier, on brode, on coud et on papote.

Souvent, elles n’ont jamais brodé.

On choisit les couleurs ensemble.

Et point par point, on noue.

Elles brodent des prénoms, des cœurs, des fleurs, des histoires.

Leur histoire parfois.

Elles assemblent la feutrine douce.

Et on fait des nœuds.

Des nœuds pour que ça tienne bon. Pour que ça tienne joli. Pour ça tienne doux.

 

 

Et on papote.

Elles parlent.

Elles me parlent. Beaucoup, énormément, vite, à voix basse.

Elles racontent souvent ce qu’elles savent du dehors.

Du dehors où elles ne sont pas.

Du dehors qui les rend folles.

Leurs maris qui sont seuls… enfin, il paraît qu’ils en profitent.

Du dehors où il y a leurs enfants. Les enfants qui sont placés chez d’autres.

Les enfants qui ne vont pas bien. Pas bien à l’école.

Celui qui est en fugue.

Elles sont dedans.

Elles ne peuvent pas gérer.

Et ça leur fait des nœuds au bide, des nœuds au cerveau, des nœuds au cœur.

 

Elles racontent aussi le dedans.

Le dedans qui est aussi dur, âpre et rêche que la feutrine est douce.

Les murs aussi gris que les fils sont colorés.

Elles parlent du mandat qui n’arrive pas.

Des voisines qui font trop de bruit.

De la nourriture qui n’a pas de goût.

Et puis, demain, ou un autre jour, elles auront peut-être une place pour travailler en blanchisserie… ça mettra du beurre dans le quotidien.

Et puis, un jour, un jour, elles sortiront… Alors, la vie continuera.

Elles seront dehors.

Et le dire, l’espérer, le voir presque, ça enlève les nœuds…

 

 

Et puis, il y a elle. Elle qui a fait un nœud. Un seul.

On a vite compris, en passant les grilles ce jour-là, qu’il y avait quelque chose.

On a entendu « arf… espérons que la semaine commencera mieux qu’elle a fini »

Elle a juste fait un nœud. Un nœud parce qu’elle ne devait plus supporter tous les autres. Tous ces nœuds qui font la vie compliquée…

Je ne la connais pas.

Je ne la connaitrais jamais. Elle n’est jamais venu à l’atelier.

Elle ne viendra jamais.

Elle a fait un nœud.

Juste un.

Un dernier nœud…

 

Et puis je demande… Mais qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ? Je vois, j’entends qu’il y a un truc…

 

– Hier, on a eu une pendue.

 

 

 

 

Alors, je ne dis plus rien.

Il n’y a plus rien à dire.

 

Je sors. Il fait beau pourtant.

Et toute la journée, j’y pense à ce nœud. Ce dernier nœud.

 

Je ne la connaissais pas…

Je ne l’ai jamais vue.

 

Mais il y a ce nœud…

 

 

 

 

Bon, voilà… Pas rigolo ce soir. Mais on ne peut pas passer son temps à se fendre la poire.

Et puis, les trucs moches, ça permet aussi de se rendre compte à quel point la vie peut aussi être belle !

 

On se retrouve FB… Si vous en avez envie : Plume de Marie Poulette ou on n’a pas 4 bras (je suis plus souvent là !)

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