Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


La disparition

Le pourquoi du comment est là.

Il s’agit de petites chroniques issues des ateliers que j’anime en milieu carcéral.

Il ne s’agit que de ma vision des choses. Ni angéliste ni diabolisante.

Juste pour montrer que ce monde de derrière le mur me touche.

(les autres articles : petits mouchoirs, pourquoi j’y vais, prisonnières mères, Elle va dormir en prison, 7 mois c’est beau, la confiture, libérée)

 

La disparition.

 

Les ateliers que je mène sont autour du tissu. Du tissu et des fils.

On ne rentre pas n’importe quoi en milieu carcéral, pas plus qu’on n’en sort n’importe comment.

Il faut faire des listes qui sont validées, tamponnées, certifiées.

Ensuite, il faut vérifier que le contenu du panier correspond à la liste validée-tamponnée-certifiée.

Ce qui est entré doit ressortir.

Ce qui est « sensible » ne reste pas dedans. Je repars donc avec ma sensibilité.

Sensibilité bien contondante.

 

Ciseaux à bouts ronds, ciseaux d’écolier. Ciseaux de maternelle pour ces mamans de derrière le murs.

Rien qui ne coupe vraiment. Ni pour elles, ni pour moi.

On ne sait jamais. Et c’est vrai, on ne sait jamais.

 

Alors on compte. On recompte. On compte encore.

On compte les ciseaux qui entrent. On compte les ciseaux qui coupent (enfin, ça, y’en a pas des masses, ça va assez vite), on compte les ciseaux sur les tables. On compte les ciseaux dans les mains. Et surtout, on compte les ciseaux qui sortent.

Quand le compte est bon, tout est bon ! On sort le panier lourd et la conscience légère… enfin, je parle pour moi.

 

Mais parfois, une paire manque à l’appel.

L’appel de la surveillante.

Toujours on la retrouve. Glissée entre deux bouquins, sous la feutrine… Les ciseaux sont malins, ils ont le sens de l’évasion, de la dissimulation.

 

Oui, mais une fois. Une seule fois, une paire manquante. Rien entre les bouquins, pas sous la feutrine, ni sous les bancs.

Tout le monde cherche, fouille.

 

Et j’espère, j’espère qu’on va les retrouver, planqués dans les fils à broder.

Je ne veux pas penser à une autre solution.

Je ne veux pas voir le mal… voleuse un jour, voleuse toujours… Non.

Ils sont forcément là, quelque part… Sous les livres. On a déjà regardé, mais on ne sait jamais, s’ils s’étaient faufilés. Si on ne les avaient pas vus… si… et si ils étaient ailleurs ??? Un ailleurs où ils ne seraient pas allés tout seuls ?

 

Non, je ne veux pas. Non, non, non, pas mes petites dames.

 

Et la sentence tombe : si les ciseaux ne réapparaissent pas dans la minute, c’est fouille générale.

On voudrait du répit. Juste un peu de temps.

 

Et ça râle dans les rangs…

 

Quand, une petite dame, mignonne petite dame dit « oh ! ben ça alors, ils étaient tombés dans la poche de ma veste. C’est fou ! »

 

Veste accrochée à l’autre bout de la salle. Pas là où les ciseaux vont seuls. Ils ne tombent pas dans les poches.

Les ciseaux volent… Ils se volent.

 

Et je suis navrée.

Navrée pour la petite dame. Navrée pour moi qui ait cru que tout était simple…

 

Navrée d’entendre : pfffff… voleuse un jour, voleuse toujours. C’est de la mauvaise graine, ça. De la mauvaise graine qui fait les mauvaises herbes.

 

Tout se vole. Tout vole. Même les ciseaux qui ne coupent rien. Surtout pas les ailes. (ou alors, si, quand les ciseaux se volent, ils coupent les ailes…)

 

 

Sinon, on se retrouve sur Fb : Plume de Marie-Poulette ou on n’a pas 4 bras (où je suis plus souvent)…

Et on peut partager, si on a envie… Mais on n’est pas obligé !

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