Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


Le changement.

Elle est là depuis un moment.

Elle a les cheveux gris.

Elle mélange parfois un peu les choses.

Elle aime le travail bien fait.

Elle dit souvent souvent qu’elle a bien briqué son chez elle.

Son chez elle est un étage au-dessus. Ses neuf mètres carrés, fermés, à elle. Elle en prend soin de son chez elle, elle a mis des photos des siens à elle sur son mur à elle. Sur ses quatre murs qui sont devenus les siens.

 

Aujourd’hui, elle est un peu perdue. Elle a joué les Pénélope, cette nuit, les Pénélope à l’envers. Toute la nuit, elle a cousu, elle a brodé le morceau de tissu que je lui ai donné la veille.

Et puis, quand elle n’a plus eu assez de fil, elle a été Pénélope à l’endroit, elle a patiemment tiré les fils de la bordure du tissu pour continuer à broder avec les fils de la trame.

 

Alors aujourd’hui, elle est un peu perdue. Elle n’a pas dormi. Comme si la nuit n’avait pas existé, comme si elle était encore hier, un très long hier.

 

Les larmes viennent, l’eau salée de l’amer qui sort par vagues. Le changement…

 

C’est aujourd’hui, le changement, même si elle a essayé que cet aujourd’hui n’arrive jamais en retenant la nuit, hier est pourtant devenu aujourd’hui.

 

Il y a des travaux. Ils refont les cellules.

Elle doit déménager son chez elle pour partager le chez elle d’une autre. Un chez personne. Ni chez elle, ni chez l’autre.

Elle a détaché les photos du mur. Très attachées, les photos. Elle en a arrachée une. Celle avec ses petits enfants. Elle n’a pas de scotch. Elle ne peut pas recoller ce qui a été déchiré. Et hier est devenu aujourd’hui.

Elle ne peut que broder. Faire des nœuds. Des nœuds en pensant à ceux qui sont chez eux.

 

(je vous montrerai ce qu’elle a cousu, elle fait des choses extraordinaires)

 

Y’a des jours, c’est dur, en prison. Non, y’a pas des jours, c’est tous les jours très dur. Aujourd’hui, c’était festival… Festival de triste, de sordide, de moche, de triste. Toutes mes Pénélope ont cousu tard, très tard, hier soir.

J’ai dû attendre avant de sortir, je l’ai vue, agrippée à une grille du couloir, voûtée, une surveillante est passée, elle lui a gentiment passé la main sur les épaules, un geste discret, une bienveillante, elle s’est redressée, elle a pris une grande inspiration et elle est partie vers une nouvelle nuit, dans son chez (pas à) elle.

 

Allez, je suis sur fb.

Love sur vous. Love sur elle !

 

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7 commentaires pour “Le changement.”

  1. Juste <3….

  2. Pas de mot….<3

  3. C’est tous les jours très durs…
    Une fois encore, merci Marion de nous confronter à cette réalité avec des mots si justes, des mots qui nous permettent de mesurer notre chance d’être du bon côté du mur.
    Certains diront « elles l’ont mérité ». Je fais plutôt partie de ceux qui se demandent comment on peut basculer, perdre pied au point de commettre ce qui mène du mauvais côté du mur.

  4. Larmes aux yeux…

  5. la pauvre je suis émue en lisant tes lignes quoiqu’elle est fait ….je comprends qu’elle est besoin de se « chez elle « où elle y a ses repéres et partager avec qqun d’autre et se retouver ailleurs vu son age c’est dur de repartir à zéro toute mes pensées vont vers elle

  6. Emue aux larmes… Quel beau texte et quelle triste histoire…

  7. lire le livre de georges courtois : aux marches du palais !!!

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