Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


Pourquoi j’y vais ?

(retrouvez la genèse qui explique tout et l’article sur les mouchoirs qui est bien joli)
Pourquoi je vais animer des ateliers en prison ?

Pourquoi je vais distraire, passer du temps agréable avec des femmes qui ont été hors la loi ?

De quel droit bénéficient-elles de cet atelier ?

 

 

Fatalement, en travaillant avec des détenues, je me pose des questions.

Des questions morales.

Et je n’ai pas toutes les réponses.

 

 

Tout ce que je sais, c’est que mes petites dames, ça leur fait du bien de me voir

(rôh, faut que j’arrête des les appeler « mes petites dames »).

 

Mais pourquoi faire du bien à celles qui ont fait du mal ?

 

Oui, elles ont fait des trucs moches, parfois très moches.

Elles ont  fait du mal. Parfois beaucoup, énormément.

 

Et elles sont là.

 

Elles ont été jugées.

Ça n’est pas à moi de le faire.

Je ne le fais pas.

 

Je ne suis ni pour elles, ni contre.

Je suis avec elles.

 

Juste avec.

 

Elles sont là.

Elles attendent.

Elles purgent.

Elles se purgent.

Elles attendent.
Elles patientent.

Elles deviennent patientes.
Elles  pensent au passé.

Elles n’en parlent pas.

Elles pensent à la sortie, même si parfois elle est très très loin. Dans un quart de siècle. Un tiers de vie.

Elles comptent.

 

Elles comptent aussi pour moi. Je les aime bien. J’aime bien les moments que je passe là-bas.

 

Alors, je ne juge pas.

Je ne sais pas si elles ont droit de temps en temps d’avoir des chouettes loisirs.

 

Tout ce que je sais, c’est qu’elles savent qu’elles ont fait du mal et du moche.

Et dans cet atelier, elles montrent qu’elles peuvent aussi faire du bien et du beau.

 

Que tout n’est pas perdu.

Qu’il reste un espoir.

Un espoir d’être aussi quelqu’un qui fait bien les choses.

Et pourquoi pas même, un espoir d’être quelqu’un qui fait des choses bien.

 

Plus elles brodent, plus elles nouent les fils, plus les langues se dénouent.

Elles parlent du dedans qui n’est pas marrant.

Elles parlent du dehors qui ne les attend pas toujours.

 

Elles parlent de leurs enfants, de leurs neveux, de leurs sœurs, de leurs amours.

De ceux pour qui elles font ce beau et ce bien.

 

 

Alors, je me dis que de savoir qu’il y a du bien et du beau, même chez celles qui sont là, ça me fait aussi du bien à moi.

Je me dis que rien n’est jamais perdu.

 

C’est sûr, c’est trois fois rien. (Ce qui est mieux que rien)

Ça ne va pas changer le mal qui a été fait.

Ça adoucit un tout petit peu la détention qui est dure.

Ça ne va faire baisser la criminalité en France…

Certes, mais, ça ne va pas l’empirer non plus.

 

Et puis, même, une mini goutte d’espoir pour l’humanité dans un énorme océan de violences, de médisances, de veuleries, de bassesses, de méchanceté, c’est déjà une mini-goutte.

 

 

Ah oui ! Petite précision : cet atelier ne coûte rien à l’état, ça n’est pas l’argent qui est volé aux pauvres ou petits enfants malheureux. Cet atelier existe grâce à des fondations qui pensent aussi que ces ateliers de mini-espoir valent le coup et le coût.

 

Parce que un peu de beau, ça fait du bien.

 

 

Pour terminer, non, la prison n’est pas un hôtel 3 étoiles. Mais, ça, je reviendrai dessus dans un autre article.

 

Allez, vous avez le droit de commenter, de partager et liker la page Marie Poulette. (ou celle de on n’a pas 4 bras, parce que, c’est là que je suis souvent)

C’est même bien de le faire !

Mais, je vous préviens tout de suite, je supprimerai tous les com prônant le retour à la peine de mort et autres propos haineux et indignes… ouais, je fais de la censure avec les bas du front !

 

J’ajoute un petit mot de Marc, de Hors Cadre, l’association qui me permet de faire ces ateliers :

Marion, concernant votre précision sur le fait que : «cet atelier ne coûte rien à l’état, ça n’est pas l’argent qui est volé aux pauvres ou petits enfants malheureux. Cet atelier existe grâce à des fondations qui pensent aussi que ces ateliers de mini-espoir valent le coup et le coût. » je me permets la remarque suivante : c’est de la responsabilité de l’Etat au contraire (donc de la nôtre collectivement) de développer la culture en prison. La prison s’inscrit de plus en plus dans des démarches mixtes privées/publiques dans une grande partie de son fonctionnement et il est bon de rappeler que l’Etat y a encore un rôle à jouer et pas seulement de surveillance.

Par ailleurs Hors Cadre est financé par l’Etat et c’est nous qui portons ce projet qui s’inscrit dans un dispositif d’Etat, une mission culture-justice financée par le Ministère de la culture et le Ministère de la justice.

Enfin, le SPIP Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation a financé 1 atelier sur les 4 que vous développez. Ce sont aussi des fonctionnaires, agents des services de l’Etat qui rendent cette action possible à l’intérieur de l’établissement.

Je pense qu’il faut donc au contraire rappeler (même au risque d’avoir des commentaires douloureux) que c’est de notre responsabilité collective de garder à l’esprit que le « sens de la peine » nous impose des obligations face aux personnes qui sont incarcérées, comme la personne condamnée a des obligations face à sa/ses victimes. Parmi ces obligations, l’accès à la culture en est une, elle s’appuie sur notre constitution. Il est bon de le rappeler. Les informations sur la mission culture justice Nord Pas de Calais sont consultables sur http://www.horscadre.eu

Hé, deux petits exemples de ce qui a été fait en Juin dernier…

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Un commentaire pour “Pourquoi j’y vais ?”

  1. Je suis très touchée par ton article, bravo bravo pour ce que tu fais derrière ces murs, avec ces femmes…

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