Marie-Poulette
ça caquète au poulailler


Y arriver…

C’est un petite jeune fille.

Elle est chouette.

Elle a commencé l’atelier en disant qu’elle n’arriverait pas à couper des carrés carrés.

Elle a réussi.

 

Elle a continué en disant que non, que non, elle n’arriverait pas à se servir de la surjeteuse pour les assembler.

Elle a osé.

Elle a cousu. Elle a décousu.

Elle re-cousu. Elle a persisté.

Elle a réussi.

 

Elle a dit qu’elle ça n’était pas possible qu’elle puisse doubler sa couverture avec la machine à coudre.

Elle l’a fait.

Elle l’a fait pour une autre fille, parce qu’elle, elle y arrivait.

 

Quand l’atelier c’est terminé, tout à l’heure, elle m’a dit : Merci. Vraiment merci. Je ne pensais jamais que je pourrais faire ça. J’ai appris plein de choses. Ce que j’ai cousu est beau. Je vais l’envoyer à ma fille. c’est pour elle que je l’ai faite, pour elle que j’ai fait tout ça. J’y suis arrivée.

Elles sont toutes remontées en cellule.

 

Quand est ressorti, aujourd’hui, comme c’était le dernier jour, on a papoté, entre nous.

J’ai dit que cette demoiselle me touchait. Qu’elle avait appris qu’elle pouvait faire beau et qu’elle était persévérante et tenace. Qu’elle y arrivait. On était tous d’accord. Rien que pour elle, cet atelier était utile.

 

Et puis, quelqu’un a dit : c’est fou de penser qu’elle a tabassé sa fille de deux ans.

C’est fou. C’est vertigineux. C’est inimaginable. C’est inconcevable.

 

Nous avons quitté nos costumes de professionnelles. Nous avons enfilé nos costumes de maman.

Nous étions tous d’accord. On entend, on n’est pas sûre de comprendre complètement.

Parce que, parfois, nous aussi, on a envie de taper.

Mais on ne le fait pas. On arrive à ne pas le faire.

Elle, elle n’y arrive pas.

 

Elle est dedans. Nous dehors.

Ça ne veut pas dire que nous sommes pas des mères formidables. Des mieux. C’est juste qu’on y arrive. Qu’on arrive à prendre de la distance. Qu’on arrive à se contrôler suffisamment. (que certainement nos vies sont plus simples aussi…)

 

Quand elle est sortie de l’atelier, elle m’a demandé si j’allais revenir. Pas tout de suite, j’ai répondu. Alors, elle a dit qu’elle espérait ne pas me revoir. Pas là, en tous cas.

 

Et puis, j’espère de tout cœur qu’elle sait maintenant qu’elle peut y arriver. À aimer simplement sa fille. Elle l’aime, c’est sûr. Elle l’aime-compliqué. Mais, avec de l’aide, avec du temps, avec, avec, avec, avec… elle va y arriver.

 

J’espère.

 

Love sur vous ! (particulièrement ce soir)

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4 commentaires pour “Y arriver…”

  1. Et voilà, comme à chaque fois, un article sur tes ateliers qui m’émeut, me touche, me fait réfléchir, prendre de la distance, réfléchir encore.
    Merci Marion. Ces moments partagés avec elles leur sont certainement precieux. Et tes articles me sont tout aussi precieux. Merci !

  2. Avant de juger… lire Marion. Merci pour ces mots <3

  3. je reste sans voix …

  4. J’aime beaucoup ton souhait que cette jeune femme arrive à aimer sa fille « simplement », elle qui « l’aime-compliqué »… Ta formule est juste, et la vie souvent bien compliquée !

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